La région de Thiès, choisie pour abriter cette année la célébration de la fête de l’indépendance le 4 avril, est le berceau de plusieurs personnalités politiques de référence qui ont grandement contribué à asseoir les bases de la nation sénégalaise. Ce qui peut expliquer, à bien des égards, la place importance de ce terroir dans l’histoire politique du Sénégal.
Léopold Sédar Senghor, premier maire de Thiès
Bien que méconnu de nombreux Sénégalais, l’histoire de la capitale du rail est pourtant intimement liée à celle de Léopold Sédar Senghor.
Avant de devenir le premier président de la République du Sénégal indépendant, le chantre de la négritude a affûté ses armes politiques en se faisant élire premier maire de la commune de Thiès.
A la faveur la Loi-cadre Deffere du 23 juin 1956 accordant l’autonomie interne aux colonies, il accède en novembre 1956 à la tête de cette commune considérée comme le cœur battant du syndicalisme et de la contestation au Sénégal, en raison de son statut de ville ouvrière, de carrefour ferroviaire et de bastion des cheminots.
En dépit de ses fonctions de secrétaire d’Etat dans le gouvernement français, Léopold Sédar Senghor tenait à présider les conseils municipaux à Thiès.
Au cours de son mandat qui a duré quatre ans, il s’est attelé à poser les bases d’une administration municipale moderne, structurant les services de la mairie et mettant en place un état civil rigoureux.
C’est durant son magistère que l’idée d’aménager des quartiers périphériques a été lancée dans l’optique de désengorger le centre-ville, littéralement occupé par les infrastructures du rail.
Même après avoir quitté ses fonctions municipales, suite à son accession à la tête du pays, il a continué à garder un lien fort avec la ville.
Boubacar Sall, l’infatigable ”Lion du Cayor”
Compagnon de la première heure de Me Abdoulaye Wade au sein du Parti démocratique sénégalais (PDS) et à la pointe de tous les combats pour la démocratie, Boubacar Sall a marqué les esprits par son courage exceptionnel et sa fidélité inébranlable durant les années de braise de l’opposition.
L’esprit guerrier chevillé au corps, il implante sa base politique à Thiès et fait de la ‘’Capitale du rail’’ le bastion imprenable du PDS, défiant ainsi ouvertement le pouvoir socialiste d’Abdou Diouf.
Surnommé le ‘’Lion du Cayor’’ en raison de sa témérité et de son refus de reculer devant les forces de l’ordre lors des répressions des manifestations de l’opposition, ce natif de la cité du rail a été l’un des piliers historiques du PDS dont il était le véritable numéro deux dans les années 1980.
C’est tout naturellement donc qu’il est arrêté en compagnie de Me Abdoulaye Wade et d’autres responsables politiques lors des évènements post-électoraux de 1988, en lien avec les contestations, par le PDS et ses alliés, des résultats de la présidentielle de cette année-là qui donnaient gagnant le candidat sortant Abdou Diouf.
Il est condamné, le 11 mai 1988, à deux ans de prison ferme, alors que beaucoup de ses codétenus sont relaxés.
Cet emprisonnement, au lieu de le refroidir, a contribué à renforcer son aura de martyr du Sopi.
Cité en exemple pour les jeunes militants comme le modèle de la “fidélité sans condition” à un leader et à une cause, Boubacar Sall est décédé le 25 juillet 1995. Il ne verra pas l’alternance de 2000 pour laquelle il s’était tant battu et qui a porté Me Wade au pouvoir.
En reconnaissance de ses immenses et multiples sacrifices à la cause libérale, le PDS a officiellement baptisé son siège à Thiès “Pencum Boubacar Sall”.
Idrissa Seck, le bâtisseur
Impossible de parler de la ville de Thiès, sans faire référence à l’ancien Premier ministre Idrissa Seck, qui en fut le maire.
Dès que l’on évoque son nom, on pense automatiquement aux nombreux chantiers (voiries, éclairage public, aménagement de places publiques, rénovation de bâtiments administratifs, assainissement…) qui ont changé le visage de la ‘’Cité du rail’’, sous son magistère, de 2002 à 2014.
Grâce à ses fonctions primatoriales, il a pesé de tout son poids dans la décision du président Abdoulaye Wade de moderniser ce terroir auquel il est attaché.
Considéré comme l’une des figures les plus incontournables de la scène politique sénégalaise ces trente dernières années, ‘’Ndamal Kajoor’’, comme on le surnomme, a vu le jour à Thiès où il a grandi et fait tout son cursus scolaire jusqu’à l’obtention du baccalauréat.
Il a débuté la politique sous l’aile protectrice de Me Abdoulaye Wade, avant de connaître une ascension fulgurante, de la scène politique ordinaire au sommet de l’Etat.
Il devient ministre du Commerce dans le gouvernement de majorité élargie formé en 1995 par le régime d’Abdou Diouf et jouit d’une grande influence à l’arrivée de Me Abdoulaye Wade au pouvoir en 2000.
Longtemps perçu comme le dauphin naturel du nouveau président, il devient tour à tour ministre d’Etat, directeur de cabinet du président de la République et Premier ministre.
Quatre ans après la première alternance politique au Sénégal, il tombe en disgrâce et se retrouve derrière les barreaux pendant sept mois, avant d’être finalement blanchi.
Le leader du parti Rewmi participe à quatre élections présidentielles (2007, 2012, 2019, 2024). La première fois, il arrive deuxième derrière Abdoulaye Wade. Idem pour la troisième fois (2019) où il accomplit une énorme prouesse en totalisant plus de 20 % des voix, s’imposant comme le chef de l’opposition.
A la faveur de son ralliement au camp de Macky Sall en novembre 2020, il est nommé à la tête du Conseil économique, social et environnemental (CESE) dont il démissionne en 2023, pour se porter candidat à l’élection présidentielle de 2024.
Caroline Faye, la pionnière
Enseignante de profession et militante du Bloc démocratique sénégalais (BDS) de Léopold Sédar Senghor dès 1948, Caroline Faye a marqué de façon indélébile l’histoire politique sénégalaise de manière générale, plus particulièrement celle de la région de Thiès.
Cette native de Foundiougne, qui militait dans le département de Mbour (région de Thiès), a, en effet, ouvert les portes de la gouvernance aux femmes sénégalaises. Elle fut la première femme députée et ministre du pays.
Elle se retrouve députée à l’issue des élections législatives de 1963, devenant ainsi la première femme à siéger à l’Assemblée nationale du Sénégal.
Engagement et détermination en bandoulière, elle refuse de se laisser ravaler au rang de simple figurante à l’hémicycle. Les Sénégalais lui doivent d’ailleurs pour beaucoup l’adoption du Code de la famille en 1972, luttant pour l’émancipation des femmes.
Auréolée d’une nouvelle promotion, elle devient, en 1978, la première femme ministre du Sénégal, chargée de l’Action sociale.
Véritable icône ayant posé les jalons de la représentativité des femmes au Sénégal et grande combattante pour les droits des femmes, Caroline Faye a été propulsée à la tête du mouvement des Femmes de l’Union progressiste sénégalaise (UPS), devenue plus tard le Parti socialiste (PS) et désignée secrétaire générale adjointe de la Panafricaine des Femmes. Après sa disparition le 29 juillet 1992, le stade de Mbour porte son nom, en reconnaissance à son héritage.
APS
























