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Talla Sylla : “La Terre ne ment pas, mais le système trahit l'effort”


Rédigé le Vendredi 26 Décembre 2025 à 16:49 | Lu 9 fois | 0 commentaire(s)



“Pendant que les états-majors politiques bruissent de débats théoriques, il existe un Sénégal silencieux qui ne dort pas. C’est celui de nos campagnes. C’est celui de l’homme et de la femme qui, de l’aube au crépuscule, engagent un corps-à-corps sacré avec la nature, pour nourrir la nation.
Ce parcours du combattant, je le connais. Je l’ai vu dans les yeux fatigués des braves de Kamit Samb dans le département de Louga. Je l’ai ressenti dans la dignité des familles de Bidieum à Mbirkilane et sur les terres de Keur Maba à Nioro. Partout, de la savane du nord aux rizières d’Oussouye, le rituel est le même : une épopée de sueur qui finit trop souvent en désillusion économique.
Le cycle de la douleur et de l'espoir
Tout commence bien avant la pluie. C'est le temps du défrichage. Sous un soleil de plomb, quand la terre est encore dure comme la pierre, le paysan doit vaincre la brousse. Il coupe, il dessouche, il brûle, avalant la poussière et la cendre, préparant le lit de la future semence. C’est un travail de titan réalisé avec des moyens dérisoires.
Puis vient le temps des semis, cette course angoissante contre la montre. Chaque graine mise en terre est une prière. Le paysan devient alors un parieur : il mise sa survie sur la régularité des pluies. Il vit le regard tourné vers le ciel, le cœur serré à chaque pause pluviométrique.
Ensuite, c’est l'épreuve du sarclage. C’est là que les corps sont mis à rude épreuve. Le dos courbé du matin au soir, l'hilaire à la main, il faut protéger la pousse contre l'herbe envahissante. C'est une lutte physique, mètre par mètre, hectare par hectare. Durant ces longs mois, le paysan est aussi une sentinelle : il veille jour et nuit contre les oiseaux, les insectes, les divagations du bétail. Il ne connaît ni dimanche ni jour férié.
Enfin, la terre, généreuse et honnête, rend le fruit de cet effort. C’est la récolte. Les greniers se remplissent, les meules s'élèvent. C’est l’instant fugace de la fierté : « J'ai travaillé, j'ai produit. »
L'impasse du marché
Mais c’est ici, au terme de ce cycle héroïque, que le système se grippe. Le paysan, épuisé mais confiant, arrive au point de collecte. On lui a promis un prix officiel : 305 Francs le kilo. C’est le prix de sa dignité, le juste retour de ses six mois de labeur.
Pourtant, la réalité est tout autre. Les organismes stockeurs sont souvent absents ou sans liquidités immédiates. L'État a fixé un prix, mais n'a pas suffisamment sécurisé le circuit financier, pour le garantir partout et tout de suite. Or, la faim n'attend pas. Les frais de scolarité des enfants n'attendent pas. L'ordonnance médicale n'attend pas.
Pris à la gorge par l'urgence du quotidien, le producteur n’a plus le choix. Il ne vend pas, il subit. Il est contraint de céder son trésor aux intermédiaires à vil prix. Le kilo chute autour de 220 Francs. 85 Francs de différence. Cela peut sembler peu vu de loin, mais multiplié par des tonnes, c’est la différence entre sortir de la précarité ou y replonger. C'est une confiscation injuste de la sueur nationale.
Pour une véritable Naatange
Cette situation n'est pas une fatalité, c'est une défaillance d'organisation. Il ne suffit pas de décréter un prix, pour qu'il soit respecté.
Notre engagement, au sein de Jëf Jël et à travers la vision Jàmm ak Naatange, est de rompre ce cycle. L’espoir réside dans des solutions concrètes :
Le financement préventif : L'argent de la campagne doit être disponible dans les points de collecte, avant que la première graine ne soit récoltée. Un paysan qui a de la trésorerie, est un paysan qui peut refuser le bradage.
La protection locale : Nous devons donner aux Maires et aux collectivités locales, le pouvoir réel de réguler et de surveiller les marchés communaux, pour protéger leurs administrés.
La transformation sur place : Tant que nous vendrons des graines brutes, nous braderons notre richesse. L'avenir est aux unités de transformation dans nos communes, pour que la valeur ajoutée reste au terroir.
Le paysan sénégalais a fait sa part du contrat : il a travaillé la terre. À l'État de faire la sienne : garantir l'équité. Car on ne bâtit pas l'émergence sur la détresse de ceux qui nous nourrissent."
Talla Sylla
Président de Jëf Jël / Jàmm ak Naatange



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Thiès : le maire Babacar Diop interpelle les entreprises minières sur l’impact environnemental et social

Lors des journées portes ouvertes sur le secteur minier, le maire de Thiès, Babacar Diop, a appelé les sociétés minières à respecter l’environnement, les infrastructures et la vie des populations.

 

À l’occasion de la cérémonie d’ouverture des journées portes ouvertes sur le secteur minier, le maire de la ville de Thiès, Dr Babacar Diop, a lancé un appel solennel aux entreprises minières de la région pour une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux et sociaux.

« Les entreprises doivent respecter notre environnement. Elles ne doivent pas détruire nos routes, ni fragiliser le rail, ni mettre en danger des vies alors qu’elles brassent des milliards », a déclaré le maire, regrettant les impacts visibles de l’activité minière sur la ville et ses habitants.

Dans son intervention, Dr Babacar Diop a insisté sur la nécessité d’une justice sociale et d’une prise en considération des populations locales. « C’est un appel du cœur pour penser à ces pauvres gens, Monsieur le Ministre », a-t-il lancé.

Le maire a conclu son discours en rappelant que certaines richesses naturelles sont inestimables et ne sauraient être monnayées : « Il y a des choses que l’argent ne peut pas acheter. Vous ne pouvez pas acheter le vent, le soleil ou la pluie… »




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