A Nairobi, Macron annonce 23 milliards d'euros d'investissements pour l'Afrique


Rédigé le Mardi 12 Mai 2026 à 19:15 | Lu 3 fois | 0 commentaire(s)



Le Business Forum « Inspire & Connect » a totalisé 14 milliards d'euros (16,5 milliards $) d'investissements de groupes français en Afrique et 9 milliards d'euros des investisseurs africains. Emmanuel Macron promet 250 000 emplois directs à la clé. Au-delà du chiffre, le test viendra du décaissement.
C'est le chiffre que retiendront les chancelleries. À la clôture du Business Forum « Inspire & Connect » organisé en ouverture du sommet Africa Forward co-présidé par la France et le Kenya, le président français Emmanuel Macron a annoncé 23 milliards d'euros (27 milliards $) d'investissements totaux mobilisés autour de l'événement.
Le forum, initialement présenté comme un rassemblement de 2000 à 2500 dirigeants économiques, a finalement attiré près de 7000 participants à l'Université de Nairobi, autour de 32 panels répartis entre quatre agoras thématiques et plus de 700 rendez-vous d'affaires.
L'enveloppe se décompose en deux blocs. Le premier, à 14 milliards d'euros, regroupe les engagements pris par des groupes français présents au forum, grands comptes, ETI et PME confondus. Le second, à 9 milliards d'euros, recouvre les investissements d'entrepreneurs et d'investisseurs africains en Afrique annoncés en marge du même événement. La feuille de route présidentielle assigne à la composante française un objectif de création de 250 000 emplois directs sur le continent et en France.
Proparco, pilier financier de la séquence
Le pilier financier repose sur Proparco, filiale dédiée au secteur privé de l'Agence française de développement (AFD) et co-organisatrice du forum. La société de financement revendique plus de 500 millions d'euros signés à Nairobi en onze deals, soit la moitié de son engagement annuel africain.
Deux opérations dominent : un protocole de 300 millions d'euros sur trois ans avec Ecobank dans les chaînes de valeur agricoles, et une transaction croisée euro/franc CFA de 200 millions d'euros avec la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), présentée comme une première mondiale. S'y ajoutent un partenariat de 300 millions d'euros sur trois ans avec AXIAN, un prêt de 20 millions de dollars au vaccinier sud-africain Biovac, et des accords avec SETRAG, Equity Group, CRDB Bank, Atlantic Group et Cauridor.
Proparco a également lancé l'Africa AgriTrade Coalition, qui rassemble 16 institutions financières aux bilans combinés de près de 400 milliards d'euros pour combler le déficit de 50 milliards de dollars en financement du commerce agricole. « 500 millions d'euros en une seule journée », a résumé Françoise Lombard, directrice générale de Proparco.
 
Premier sommet hors du « pré carré » francophone depuis 1973
Le sommet revêt un caractère inédit. Pour la première fois depuis 1973, le format Afrique-France se tient dans un pays africain anglophone. Le choix de Nairobi acte la volonté de l'Élysée de rompre avec la grille traditionnelle du « pré carré » francophone, dans un contexte de retrait militaire français du Sahel et de contestation croissante de l'influence parisienne en Afrique de l'Ouest.
Le Kenya, qui revendique le statut de « Silicon Savannah » et a signé un accord de défense avec la France en avril dernier, s'impose, aux côtés du Nigeria — représenté à Nairobi par une délégation d'hommes d'affaires de premier plan dont Aliko Dangote, Abdul Samad Rabiu et Tony Elumelu —, comme le pivot d'une stratégie de diversification vers les économies anglophones et émergentes.
Dans son allocution, le chef de l'État français a reconnu sans détour la perte de parts de marché françaises face à la Chine, à la Turquie, aux États-Unis et à plusieurs acteurs africains, conséquence selon lui d'une décennie où certaines administrations et grands groupes français se sont crus en terrain conquis.
« 23 milliards d'euros d'investissement annoncés pour le continent », a indiqué M. Macron en saluant la mobilisation d'Orange, Canal+, bioMérieux, Castel et de plusieurs ETI sectorielles. Le président a inscrit l'exercice dans une décennie de repositionnement de la relation, autour d'une logique de « co-investissement » et de « partenariat d'égal à égal », par contraste avec la grille verticale historique des sommets précédents.
Mais le pivot anglophone ne fait pas l'unanimité. L'économiste togolais Kako Nubukpo, ancien commissaire de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), juge la trajectoire en demi-teinte. « Force est de constater que l'économie d'empire est toujours là », a-t-il déclaré à France 24, en pointant la permanence du franc CFA et le poids persistant de groupes comme Bolloré, Vinci ou Eiffage dans l'Afrique francophone.
Le repositionnement se heurte aussi à des revers concrets : si le groupe maritime CMA CGM a annoncé 700 millions d'euros pour le terminal portuaire de Mombasa, le Kenya a annulé en 2025 un contrat de 1,5 milliard de dollars confié à un consortium mené par Vinci pour l'expansion d'une autoroute, au profit d'entreprises chinoises.
L'enveloppe globale est à mettre en regard du socle bilatéral rappelé par l'Élysée : 64 milliards d'euros d'échanges commerciaux annuels, 50 milliards d'euros de stock d'investissements directs français, 1 million d'emplois portés par les filiales françaises et 5 milliards d'euros de transferts annuels de la diaspora.
Le contexte budgétaire français ajoute à la vigilance. La mission « Aide publique au développement » a subi cinq coupes consécutives en moins de deux ans : votée à 3,5 milliards d'euros en crédits de paiement pour 2026, soit -18 % par rapport à 2025, elle a fondu de plus de 2 milliards d'euros depuis 2024. L'APD totale française pourrait retomber à 0,38 % du revenu national brut en 2026, loin de l'objectif de 0,7 % inscrit dans la loi de 2021 abandonné de facto.


Dans la même rubrique :